Pourquoi les Armées ont-elles choisi de ne pas intégrer Pasqal dans leur programme quantique ?
Défense

Pourquoi les Armées ont-elles choisi de ne pas intégrer Pasqal dans leur programme quantique ?

Les Armées françaises ont décidé de ne pas intégrer Pasqal dans leur programme quantique, un choix stratégique dicté par des enjeux de sécurité nationale et de souveraineté technologique. Cette décision s’inscrit dans un contexte complexe où la maîtrise des technologies quantiques revêt une importance capitale pour les capacités de défense et les alliances militaires. Nous explorerons pourquoi cette exclusion a eu lieu en nous concentrant sur plusieurs aspects clés :

  • La crainte de captation de technologies sensibles malgré des garde-fous significatifs
  • L’impact de l’introduction en Bourse à Wall Street et des implications liées
  • Le programme PROQCIMA et ses objectifs ambitieux en calcul quantique militaire
  • Le dilemme des deeptech françaises dans le secteur militaire face à la globalisation financière

Ces éléments éclairent non seulement la décision, mais aussi les défis auxquels font face les États dans la course à l’innovation quantique au service de la défense.

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Les raisons stratégiques du retrait de Pasqal du programme quantique des Armées

Le ministère des Armées a écarté Pasqal du programme quantique PROQCIMA, doté d’un budget de 358 millions d’euros, essentiellement pour des motifs liés à la sécurité nationale et à la souveraineté technologique. Bien que Pasqal soit restée une société française avec son siège à Palaiseau, son introduction en Bourse au Nasdaq (Bourse technologique new-yorkaise) en août 2026 a suscité une inquiétude majeure.

La crainte principale est qu’en s’exposant aux investisseurs américains et en étant soumise aux règles de la SEC, Pasqal pourrait voir ses technologies sensibles être indirectement soumises à une influence extérieure. Cette inquiétude dépasse la simple provenance des brevets ou des laboratoires, pour toucher la circulation des informations stratégiques et le contrôle nécessaire de long terme propre aux programmes militaires.

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Un contrôle renforcé mais insuffisant pour le ministère

Avant la cotation à Wall Street, Pasqal et Bpifrance ont mis en place des clauses restrictives visant à empêcher la sortie de technologies sensibles hors de France sans autorisation. Bpifrance détient environ 11,4 % du capital et dispose d’un veto sur les transferts de propriété intellectuelle stratégique. Cette protection a été jugée suffisante par certains acteurs publics, mais n’a pas convaincu la DGA.

En détail, l’accord signé en juillet 2026 engage Pasqal à conserver en France ses équipes et ses matériels de dernière génération. Pourtant, le ministère des Armées considérait que l’ouverture au capital international et la gouvernance influencée par des actionnaires étrangers posaient un risque insurmontable.

Le programme PROQCIMA : ambitions et contraintes pour la défense française

PROQCIMA est le cœur de la stratégie quantique de l’État en matière de calcul militaire. Lancé en 2024 avec un budget initial maximum de 500 millions d’euros, actualisé à 358 millions pour la période 2026-2030, ce programme vise à développer un ordinateur quantique universel et tolérant aux fautes.

  • Il réunit plusieurs acteurs français comme Alice & Bob, C12, Quandela, Quobly et initialement Pasqal.
  • L’objectif pour 2032 est d’atteindre 1 024 qubits logiques, une étape majeure en informatique quantique.
  • Le processus se veut sélectif, avec une élimination progressive des candidats non conformes aux exigences stratégiques.

En ce sens, l’exclusion de Pasqal signifie que sa technologie basée sur les atomes neutres ne concourra plus dans cette course à la souveraineté.

Financement et partenariats : une course à plusieurs bandes

Pasqal possédait, fin août 2026, une trésorerie de 312,9 millions d’euros après sa fusion avec un SPAC américain et sa cotation. Cette liquidité dépasse les deux tiers du budget public prévu pour PROQCIMA sur cinq ans. L’entreprise souhaite ainsi accélérer sa R&D et son expansion internationale.

Mais cette levée de fonds massive, davantage tournée vers des investisseurs internationaux, est un facteur aggravant pour les Armées, qui privilégient un contrôle étroit de la technologie pour un horizon d’au moins dix ans.

Élément Pasqal Programme PROQCIMA
Budget 2026-2030 > 310 millions d’euros de trésorerie 358 millions d’euros alloués
Type de technologie Atomes neutres Multitechnologies (atomes neutres, superconducteurs…)
Contrôle et propriété intellectuelle Veto Bpifrance sur transferts Exigence de souveraineté sans compromis
Cotation boursière Nasdaq depuis août 2026 Pas d’introduction en Bourse

Deeptech françaises et défense : un équilibre délicat à trouver

Le cas de Pasqal illustre parfaitement le dilemme des deeptech françaises évoluant dans le secteur militaire.

La cotation sur un marché international comme le Nasdaq apporte la visibilité financière nécessaire à l’industrialisation et l’expansion, mais expose aussi ces entreprises aux influences étrangères, mettant à mal les critères de souveraineté. La France et ses alliés souhaitent constituer un écosystème d’innovation capable de rivaliser avec des mastodontes mondiaux, sans sacrifier la maîtrise stratégique.

Cette tension conduit à un double jeu où :

  • Les ministères civils et européens maintiennent leur confiance à Pasqal sur des projets de recherche et développement non militaires.
  • Le ministère des Armées applique aux programmes sensibles une prudence stricte, excluant les entreprises dont la gouvernance et les financements sont perçus comme trop exposés.

En définitive, la position des Armées vise à garantir que les technologies quantiques, éléments clés des capacités futures, restent sous contrôle national strict, à l’image des restrictions appliquées dans d’autres secteurs de défense comme le développement des moteurs pour le Rafale F5.

Les implications pour la souveraineté et les alliances militaires

L’exclusion de Pasqal souligne combien la sécurité nationale prime lorsque l’innovation porte sur des technologies mijotées à l’intersection de la recherche, de la défense et du capital-risque international. Les alliances militaires, notamment au sein de l’Union européenne, nécessitent une cohérence dans la maîtrise des projets quantiques, à l’instar des efforts de défense européenne face aux influences américaines.