Daniel Kretinsky : le milliardaire qui acquiert l’Europe à bas prix
Daniel Kretinsky est incontestablement l’un des milliardaires les plus influents et stratégiques de ce début de décennie en Europe, connu pour son approche unique : réaliser des acquisitions à bas prix, souvent dans des secteurs que d’autres investisseurs délaissent. Son parcours illustre comment une vision affûtée combinée à une stratégie patiente peut transformer des actifs en difficulté en véritables pépites financières. Que vous soyez amateur d’économies, investisseur ou simplement curieux, comprendre le phénomène Kretinsky, c’est appréhender :
- La multiplicité et la diversité des secteurs dans lesquels il investit, allant de l’énergie à la grande distribution, en passant par les médias et la poste.
- Les opportunités qu’il décèle dans des entreprises en difficulté, transformant des pertes apparentes en levier d’opportunité.
- La manière dont ses investissements impactent l’économie européenne, notamment française.
Ce tour d’horizon détaillé vous fera découvrir la mécanique de ses acquisitions, les exemples emblématiques, mais aussi les enjeux et interrogations qui accompagnent la montée en puissance de ce milliardaire tchèque.
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Table des matières
Comment Daniel Kretinsky bâtit un empire européen à prix cassé
Depuis la fin des années 2010, Daniel Kretinsky s’est imposé comme un acteur incontournable du paysage économique européen grâce à une stratégie basée sur l’acquisition d’actifs sous-évalués, souvent délaissés en raison de difficultés financières ou structurelles. Son groupe, EPH (Energetický a Průmyslový Holding), détient aujourd’hui des entreprises emblématiques comme
- la chaîne de supermarchés Casino, où il détient majoritairement le capital,
- le géant de la distribution Metro en Allemagne,
- et Royal Mail au Royaume-Uni, une référence historique dans le secteur postal européen.
Ces acquisitions ne se limitent pas à l’achat d’entreprises en difficulté mais englobent aussi une gestion financière rigoureuse et une vision de long terme. Par exemple, dans l’énergie, Kretinsky a profité de la cession en avril 2026 d’une importante plateforme de production électrique à TotalEnergies, échangeant des actifs contre des actions valorisées à plus de 5 milliards d’euros, ce qui a généré une plus-value latente colossale, dopée par la hausse du cours du pétrole et du gaz suite à des tensions géopolitiques majeures.
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Une stratégie fondée sur des acquisitions à prix bas : exemples concrets
L’exemple de Fnac Darty illustre parfaitement la méthode Kretinsky : premier actionnaire depuis 2022 avec près de 29 % du capital, il a lancé en 2026 une offre publique d’achat amicale au prix de 36 euros par action. Cet investissement intervient alors que Fnac Darty affichait une perte nette de 146 millions d’euros en 2025 malgré un chiffre d’affaires de plus de 10 milliards. En revoyant la stratégie et en combinant la distribution avec le secteur de l’édition grâce au rachat d’Editis, il tend vers une maîtrise complète de la chaîne du livre en France.
Ces mouvements soulignent la capacité de Kretinsky à détecter des actifs à faible valorisation, appuyés par des perspectives de redressement et des complémentarités sectorielles concrètes.
Le parcours singulier de Daniel Kretinsky : une ascension européenne marquée par l’audace
Daniel Kretinsky, né à Brno en 1975, a très tôt développé une connaissance de l’Europe occidentale, en particulier de la France où il a étudié le droit et appris la langue. Entré dans la finance en 1999 au sein de la banque privée slovaque J&T, il a rapidement compris que le potentiel de la planète économique européenne résidait dans les actifs industriels qu’on jugeait dépassés.
Son investissement initial dans les centrales à charbon, achetées à vil prix, a ouvert la voie à une expansion rapide et une génération de trésorerie remarquable : en 2022, EPH a enregistré 3,2 milliards d’euros de flux de trésorerie disponible grâce sur ces actifs énergétiques. Cette rentabilité inattendue dans un segment controversé a servi de base solide pour ses acquisitions ultérieures.
Les premières prises de contact avec la France et le chemin vers la reconnaissance
Depuis son premier contact avorté avec EDF en 2016, Kretinsky a su se faire un nom en France, rachetant des supports médiatiques dès 2018 – dont Marianne et Elle – et investissant dans des actifs industriels et commerciaux clés en France. Ses participations dans le groupe Le Monde ou Libération montrent une volonté affirmée d’influencer certains secteurs stratégiques.
Selon les observateurs, son positionnement se veut rassurant auprès du pouvoir, souvent mis en confiance par son statut d’investisseur européen plutôt qu’exotique. Ainsi, dans un contexte où le groupe chinois JD.com accroît son influence dans la distribution européenne, le leadership de Kretinsky apparaît comme un rempart d’origine européenne.
Chiffres clés et défis dans les différents secteurs d’investissement
Il est utile de synthétiser les secteurs où Daniel Kretinsky a développé son empire, et d’identifier les principaux défis associés :
- Énergie : avec une capacité de production dépassant 14 gigawatts dans cinq pays et une production annuelle estimée à 30 térawattheures, Kretinsky a su tirer parti de la montée des prix des énergies fossiles. La cession partielle à TotalEnergies a généré une plus-value latente de plus de 2 milliards d’euros.
- Distribution : Casino reste un dossier complexe, avec un résultat d’exploitation positif mais une perte nette de 402 millions d’euros en 2025, d’où la nécessité d’une restructuration financière que Kretinsky mène en partenariat avec plusieurs banques françaises.
- Poste : Royal Mail a vu ses bénéfices multipliés par sept en un an, mais son niveau de service décline, illustrant les limites d’une rentabilité accrue au détriment de la satisfaction utilisateur.
- Médias : entre opérations de prêts conséquents à Libération et gestion des différents titres de presse, Kretinsky fait face à des tensions éditoriales et sociales, notamment chez Editis.
| Secteur | Entreprise | Chiffre d’affaires / Capacité | Résultat 2025 | Notes |
|---|---|---|---|---|
| Énergie | EPH (centrales et batteries) | 30 TWh annuel | Plus-value latente 2+ milliards € (action TotalEnergies) | Vente partielle à TotalEnergies en 2026 |
| Distribution | Casino | Environ 20 milliards € CA (France) | Perte nette 402 M€ | Restructuration en cours |
| Distribution | Fnac Darty | 10,33 milliards € CA | Perte nette 146 M€ | OPA en 2026, position dominante sur la chaîne du livre |
| Poste | Royal Mail | NA | Bénéfice 367 M£, amende 21 M£ pour retards | Qualité service en déclin |
| Médias | Editis, Libération | Investissements divers | Prêts de 60 M€ à Libération | Tensions éditoriales |
Les enjeux à venir : entre gestion des risques et poursuite des acquisitions
À 50 ans, Daniel Kretinsky a su s’imposer dans les hautes sphères économiques grâce à une capacité à identifier les bonnes affaires avant tout le monde, à avoir le sang froid dans des contextes géopolitiques instables, et à gérer des portefeuilles très diversifiés. Tout le défi consiste désormais à préserver la rentabilité de ses investissements, gérer les crises internes (comme chez Royal Mail ou Editis), et anticiper les réactions des États au regard de la montée des investissements étrangers en Europe.
Pour mieux comprendre les implications de ses manœuvres en France, où il détiendrait environ 45 000 emplois directs, un éclairage complémentaire peut être trouvé dans certains outils d’analyse de l’impact des entreprises sur l’économie locale et globale.
Les prochaines années seront décisives pour cet empire, qui illustre une nouvelle forme de finance stratégique et d’investissement industriel où les prix bas deviennent un levier de montée en puissance et d’influence sur l’ensemble du continent.
