Hakim Benotmane : la déchéance du roi du kebab plongé dans une affaire d’escroquerie
Hakim Benotmane, autrefois vanté comme le roi du kebab, se retrouve au cœur d’une vaste affaire judiciaire qui remet en question son parcours de succès et la solidité de ses entreprises. L’homme, connu pour avoir prétendument bâti un empire dans la restauration rapide avant de se lancer dans l’investissement, fait face à des accusations d’escroquerie et de fraude portées par ses investisseurs et franchisés déçus. Cette affaire soulève plusieurs aspects essentiels que nous allons explorer ici :
- Les conséquences de la plainte de cinquante membres contre Benotmane pour un préjudice estimé à 400 000 euros.
- Les incohérences autour de son image de « roi du kebab » et la réalité des chiffres communiqués.
- Les dysfonctionnements révélés dans le modèle de ses clubs d’investissement et franchises.
- L’impact de l’interdiction de gestion prononcée par la justice française.
- Les interrogations sur l’absence de cadre réglementaire dans la levée de fonds via des clubs d’investisseurs privés.
En nous appuyant sur des faits précis et des témoignages concrets, nous allons plonger dans la déchéance d’un entrepreneur autrefois adulé, désormais pris dans un tourbillon judiciaire et de suspicion.
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Table des matières
La plainte collective : 50 plaignants et 400 000 euros au cœur de l’affaire judiciaire
Le 13 avril 2026, une cinquantaine de personnes membres du club d’investissement dit « Acquisition », lancé fin 2024 par Hakim Benotmane, ont déposé une plainte contre lui pour escroquerie, tromperie et abus de confiance. Ces investisseurs accusent Benotmane d’avoir promis des opportunités d’investissement sans les concrétiser, tout en restant totalement opaques sur l’utilisation des fonds collectés.
Le préjudice alloué par les plaignants s’élève à près de 400 000 euros. Les tickets d’entrée au club s’étaient étalés de 2 000 à 25 000 euros, permettant un accès supposé privilégié à des dossiers d’investissement sélectifs. Pourtant, moins d’un an après le lancement, le nombre d’adhérents est passé de 100 annoncés à près de 900, diluant ainsi la prétendue exclusivité initiale.
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Par ailleurs, Benotmane avait garanti qu’il investirait lui-même 50 % de sa mise sur chaque dossier, une promesse qualifiée de mensonge par les victimes. Cette situation a été aggravée par le retrait brutal d’un partenaire financier sérieux, la société Equisafe, qui a découvert une interdiction de gérer des entreprises prononcée contre Benotmane, information dissimulée.
Le poids judiciaire d’une interdiction de gestion en France
Le parcours de Benotmane est parsemé d’échecs financiers marquants, plusieurs de ses sociétés ayant vu leur fin en liquidation judiciaire. La justice française a prononcé contre lui une interdiction de gérer des entreprises pendant six ans, une décision lourde de conséquences qui a précipité le désengagement d’Equisafe.
La juge a également mis au jour l’utilisation d’un prête-nom, une personne incapable de véritablement diriger les nombreuses sociétés créées, lesquelles ont toutes fermé dans la foulée. Cette technique, qui permet d’esquiver les responsabilités, éclaire l’ombre qui plane sur la gestion de Benotmane.
Malgré son installation entre la Suisse, le Luxembourg et Dubaï, cette interdiction demeure applicable en France et remet en cause sa capacité à diriger toute activité économique dans l’Hexagone.
Le mythe du « roi du kebab » remis en question : la vérité sur ses déclarations
Hakim Benotmane a longtemps été présenté dans les médias et podcasts business comme un success story inspirante, ayant développé 135 restaurants Nabab Kebab avant de revendre sa franchise pour 117 millions d’euros en 2014. Cette histoire constitue la pierre angulaire de son image entrepreneuriale.
Un examen des archives publiques et bilans comptables contredit ce récit. En 2014, le réseau ne comptait en réalité que 33 restaurants, chiffres officiels à l’appui. Aucun acte notarié ni communiqué de presse ne confirme la prétendue vente à neuf chiffres, ce qui interroge fortement sur la véracité des affirmations de Benotmane.
La société NKD Franchise, censée être la tête de ce groupe, a été placée en liquidation judiciaire un an seulement après cette éventuelle transaction, renforçant les suspicions. Le magazine Challenges ne recense pas non plus Benotmane dans ses 500 fortunes de l’époque, contrairement à ses déclarations.
Franchises en difficulté et management défaillant
Les franchisés, pourtant premiers acteurs du succès supposé de Benotmane, rapportent une expérience très différente. L’absence d’un manuel opérationnel standard, un élément fondamental dans toute franchise, les a contraints à créer leurs propres menus et procédures.
Les témoignages dénoncent aussi des retards de salaires constants et une gestion précaire, avec des accusations graves sur une prétendue fraude au chômage partiel visant à rémunérer du personnel tout en minimisant les coûts pour l’entreprise.
Le modèle économique, selon un ancien salarié, semblait davantage axé sur l’encaissement des droits d’entrée et des redevances que sur un réel accompagnement des franchisés.
Un modèle d’investissement sans cadre réglementaire clair et ses risques
Le club « Acquisition » ne répondait à aucune réglementation financière formelle. Ni fonds d’investissement agréé, ni produit financier contrôlé par l’Autorité des marchés financiers, ce cercle d’investisseurs privés s’appuyait sur la notoriété d’un entrepreneur influent.
Cette stratégie de collecte de fonds via un réseau de passionnés d’entrepreneuriat en ligne, peu expérimentés dans les mécanismes financiers, a créé une zone d’ombre juridique. Le recours à des mises pouvant aller jusqu’à 25 000 euros, avec promesses de rendement et garanties personnelles, soulève une question inédite pour la justice : à partir de quand une telle activité bascule-t-elle en criminalité financière ?
La plainte déposée début 2026 engage désormais le parquet à examiner ces pratiques, qui pourraient établir un précédent quant à la responsabilité pénale des influenceurs d’affaires dans la gestion des fonds privés.
| Aspect | Détail | Conséquence |
|---|---|---|
| Nombre de plaignants | 50 membres du club « Acquisition » | Préjudice estimé à 400 000 euros |
| Nombre de membres du club | 900 au lieu de 100 annoncés | Perte de l’exclusivité promise |
| Garantie d’investissement de Benotmane | Non honorée selon les plaignants | Accroissement du sentiment de tromperie |
| Interdiction de gérer | 6 ans prononcée par la justice | Retrait d’Equisafe, fragilité juridique renforcée |
| Réseau Nabab Kebab en 2014 | 33 restaurants réels, non 135 | Image de succès largement surestimée |
| Liquidation judiciaire de NKD Franchise | 2015, un an après la prétendue cession | Contradiction avec le discours officiel |
