Prise de tension en pharmacie : les pharmaciens demandent une rémunération de 15 euros par patient
La prise de tension artérielle en pharmacie est désormais reconnue légalement, mais la rémunération associée à ce service fait débat. Les pharmaciens réclament une rémunération de 15 euros par patient pour cet acte, alignant ainsi ce tarif avec celui prévu pour la vaccination et la prescription en officine dès janvier 2027. Cette demande intervient alors que le cadre réglementaire et la négociation avec l’Assurance maladie sont encore en cours. Le débat soulève plusieurs enjeux clés :
- Les modalités d’exercice et de rémunération de la prise de tension en pharmacie, jusqu’ici non fixées.
- La comparaison avec d’autres professionnels de santé qui ne perçoivent pas de paiement spécifique pour ce geste.
- L’impact potentiel de cette rémunération sur le suivi médical et la prévention de l’hypertension, qui touche des millions de Français.
- Les contraintes réglementaires et le calendrier des négociations conventionnelles.
Nous allons examiner ces aspects pour comprendre les fondements de la demande des pharmaciens et ce que cela implique pour le système de soins et les patients.
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Table des matières
Une loi historique qui officialise la prise de tension en pharmacie
La loi Neuder du 20 juillet 2026 a élargi les compétences des pharmaciens en leur permettant de réaliser la prise de tension artérielle sans ordonnance ni rendez-vous préalable. Adoptée à l’unanimité par 462 députés, cette mesure vise à mieux dépister les 6 millions d’hypertendus qui ignorent leur maladie sur les 17 millions de personnes concernées en France. Cet acte, intégré à l’article L. 5125-1-1 A du Code de la santé publique, dédie une mission de santé publique aux officinaux, tout en supprimant le caractère illégal que pouvait avoir ce geste auparavant.
Pourtant, malgré cette avancée majeure, le décret d’application fixant les conditions d’exercice n’est toujours pas publié, ce qui retarde la pratique réelle de cette activité rémunérée dans les officines. Cette attente suspende à la fois le début effectif du service et la mise en place d’une rémunération officielle.
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Le cadre réglementaire et les conditions de la rémunération attendue
Le texte renvoie à un décret en Conseil d’État et à des discussions conventionnelles entre la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) et la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) pour préciser les modalités d’exercice et le tarif applicable.
La FSPF réclame un tarif unitaire de 15 euros, identique à celui qui sera appliqué aux actes de vaccination et de prescription à compter de janvier 2027. Cette égalité tarifaire vise à uniformiser la rémunération de services similaires dispensés en officine.
En l’absence de la lettre de cadrage ministérielle, qui définit le périmètre financier et réglementaire des négociations, aucun avenant conventionnel ni code de facturation n’a encore été arrêté. Ce document, attendu pour ouvrir les discussions, n’était toujours pas publié début septembre 2026.
Un enjeu financier crucial pour les pharmacies
En matière de revenus, la demande de 15 euros par prise de tension représente une opportunité notable pour les officines. Selon une expérimentation menée en Hauts-de-France, chaque pharmacie pourrait effectuer entre 4 et 8 dépistages hebdomadaires, ce qui génère un complément de chiffre d’affaires annuel estimé entre 3 000 et 6 000 euros.
Avec la rémunération maximale observée en expérimentation (25 euros par dépistage), ce gain pourrait atteindre jusqu’à 10 000 euros annuels, soit une différence de 40 % par rapport au tarif réclamé par la FSPF.
La rémunération pour la prise de tension s’inscrit dans un contexte plus large de diminution des revenus liés à la vente de médicaments, nécessitant des revenus complémentaires par des missions rémunérées telles que :
- Le rendez-vous de prévention à 30 euros, destiné à une population ciblée.
- Le dispositif Osys, pour lequel les pharmacies perçoivent 12,50 euros par patient en orientation sanitaire.
- La vaccination à 15 euros, prochainement généralisée en officine.
Ces montants témoignent de la volonté d’instaurer une nouvelle économie pour les pharmacies, centrée sur les soins de santé et le suivi médical.
Tableau comparatif des rémunérations pour services en pharmacie
| Service en pharmacie | Tarif envisagé ou en vigueur (€) | Description |
|---|---|---|
| Prise de tension artérielle | 15 (réclamé par la FSPF) | Mesure, interprétation et orientation du patient potentiellement hypertendu |
| Vaccination | 15 (à partir de janvier 2027) | Injection et suivi post-vaccinal |
| Dispositif Osys | 12,50 | Évaluation de petits problèmes de santé et orientation |
| Rendez-vous de prévention | 30 | Consultation ciblée pour le dépistage et conseils santé |
Une polémique entre professionnels de santé autour de la rémunération
L’annonce des 15 euros pour la prise de tension a généré une controverse parmi les médecins et les infirmiers libéraux, qui effectuent eux aussi ce geste lors des consultations mais sans facturation spécifique. Ces derniers soulignent une inégalité : leur rémunération inclut déjà la mesure de la tension dans la consultation globale, alors que les pharmaciens demanderaient un paiement distinct.
Le syndicat Convergence Infirmière s’est élevé contre ce qui est perçu comme une iniquité, rappelant que les revalorisations proposées aux infirmières libérales sont marginales comparées aux 15 euros envisagés pour les pharmaciens. Quant à l’Union française pour une médecine libre (UFML), elle a désigné cette demande comme une « augmentation historique de 50 % » du tarif de la consultation médicale équivalente, préfigurant un risque d’inflation tarifaire sur le secteur médical.
Ces tensions montrent que la question de la rémunération des actes de soin reste sensible et nécessite un équilibre entre valorisation des professionnels et maîtrise des dépenses de santé.
Les implications pour le suivi médical des patients
La prise de tension en pharmacie, qu’elle soit rémunérée ou non, est un outil puissant de dépistage et de prévention. Elle offre un accès facilité et rapide à un service de santé, notamment pour des patients qui ne consultent pas régulièrement un médecin. Le fait de rémunérer ce service permet de garantir un suivi de qualité :
- Formation et responsabilisation des pharmaciens dans la mesure et l’interprétation des résultats.
- Enregistrement informatisé des données tensionnelles dans le dossier patient.
- Orientation systématique vers un médecin en cas de tension élevée, évitant les complications.
- Promotion d’une démarche active de prévention dans l’officine, au-delà de la seule délivrance de médicaments.
En s’appuyant sur des dispositifs innovants et des expérimentations réussies, notamment en région Hauts-de-France, le développement de ce service rémunéré en pharmacie pourrait renforcer la lutte contre l’hypertension, première cause de mortalité évitable en France, avec plus de 55 000 décès par an attribués.
Pour en savoir plus sur les enjeux de santé publique liés à des services innovants en pharmacie, vous pouvez consulter les solutions innovantes dans le domaine de la santé et le contexte du cadre législatif français.
